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| - franzo pizarro. — Nous allons recevoir un comédien qui fait du doublage français pour LOST, nous allons accueilir Arnaud Arbessier, qui fait la voix de Sawyer. arnaud arbessier. — Bonsoir ! franzo pizarro. — Merci Arnaud d’être venu ce soir. (au public) Il est venu spécialement pour nous et c’est vraiment un super cadeau. arnaud arbessier. — « Vraiment un super cadeau (!) » franzo pizarro. — [?] donc j’ai avec moi la liste des questions, donc certaines questions que certains ont posé ici, qu’on a sélectionnées. Donc Arnaud on va commencer, vous êtes prêt ? Donc, la première question. Pouvez-nous nous raconter votre parcours, comment vous en êtes venus à doubler sur le petit et grand écrans et quel a été votre premier doublage ? arnaud arbessier. — D’accord. Alors… le parcours… Quand j’avais… Mon père était comédien, d’une autre génération quand même véritablement, mais un comédien assez intéressant, et mais moi mon premier rêve c’était d’être derrière la caméra. Donc vers 16 ans, j’ai compris que j’adorais ce métier et à 20 ans je suis rentré chez un monteur et puis j’ai appris le métier de monteur et puis j’ai fait des courts-métrages ; et une nuit d’insomnie je me suis rendu compte que j’avais envie… plus que j’avais envie, qu’il m’était nécessaire de jouer la comédie. Donc je suis rentré dans un cours, le cours Jean Périmony, et puis j’en suis sorti et puis bon le théâtre, mais j’avais aussi la chance en tant que monteur d’avoir travaillé dans le doublage : j’avais fait du montage son et j’avais fait aussi de la détection, qui est la première étape du doublage… et donc je connaissais beaucoup de chefs de plateaux et je leur ai dit « bah voilà, je suis comédien maintenant » donc ils m'ont essayé par ci par là et le premier film que j’ai doublé, je crois que c’était… Les Aventures de Jack Burton [NdT: Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin avec Kurt Russell, je crois… je crois ; et donc je faisais un Japonais qui se prenait deux–trois mandales dans la tronche… Et je me souviens, je tremblais dans mes bottes : ça fout un trac terrible la première fois. Et puis après de fil en aiguille, bah le théâtre et puis le doublage. arnaud arbessier. — OK. Mais moi j’ai plus rien à dire, là (!) franzo pizarro. — Deuxième question ? arnaud arbessier. — Oui, deuxième question. franzo pizarro. — Vous avez doublé une grande partie de séries très populaires aux États-Unis et en France, pratiquement toujours un des personnages principaux. Qu'est ce qui fait que selon vous, on vous confie souvent des doublages aussi importants ? arnaud arbessier. — Ah, c’est une bonne question… Il y a une contrainte très grande dans le doublage, c’est qu’on doit travailler très très vite. À une vitesse même pharaonique. On fait un épisode de LOST, ça se double en une journée, et c’est assez énorme parce qu’au niveau du jeu, c’est difficile, c’est assez pointu, c’est très sophistiqué, les acteurs sont biens aux États-Unis, ils travaillent bien… et… et nous on doit faire ça très vite. Alors, les critères : il faut des acteurs expérimentés, habiles, sympathiques, qui soient capables de changer de texte à volonté, et… et qui font qu'on va terminer à 18:30 heures ou 19:00 heures, peut-être 19:30 heures, mais pas 23:00 heures, minuit, 01:00 heure du matin en n'étant pas content du résultat. Donc… c’est comme dans tous les métiers, il y a des gens qui sont plus ou moins… plus ou moins bons, mais là on a vraiment une contrainte, on est obligés de travailler avec des gens efficaces, pour pas parler vraiment de « talents », on est obligés de travailler avec des gens très efficaces, alors je dois être efficace et c’est pour ça qu’on me demande ! arnaud arbessier. — (plaisantant de lui-même) « Quand est-ce qu’il va se taire ? » franzo pizarro. — On va reprendre, donc… Dans certaines interviews que vous avez données, on vous posait souvent des questions, sur la liberté du comédien dans le doublage : par rapport à la VO, quand il y a des insultes qui sont dites par exemple, est-ce que vous pouvez dire… nous en dire plus, et pour le personnage de Sawyer comment ça c’est passé, parce que c’est un personnage qui dit beaucoup de gros mots, quand même. arnaud arbessier. — OK. Alors ça, il y a des gens de M6 qui sont là, donc ils pourraient vous en dire plus, parce que ça c’est une politique de chaîne ; la France est un pays qui… qui a beaucoup de mal avec les insultes, les gros mots, les situations un peu scabreuses, donc on essaie… les chaînes ont toutes leur politique, la chaîne qui est la plus restrictive, c’est TF1. Par exemple, sur TF1, ils ont une… l’alcool ça peut pas être positif, donc si y a deux… bon ils vont prendre un whisky et ils se réjouissent d’aller boire un whisky, alors du coup on peut pas dire qu’ils servent un whisky… on va dire que c’est du thé, ou… Je veux dire, on est obligés d’aller jusqu’à ce ridicule-là. Sur d’autres chaînes, comme Canal, même M6, je trouve que M6 ne met pas trop de restrictions, par exemple avec [?] qui diffuse Nip/Tuck, dans lequel je doublais aussi, c’est une série « trash », difficile, ordurière, on n’a jamais eu le moindre veto. Même parfois les auteurs sont plus vulgaires que les originaux parce qu’on essaie de corriger, parce que c’est ridicule d’être encore plus vulgaire, mais… mais là on a carte libre. Sur LOST, on nous a jamais embêtés. La supervision de TF1 a toujours été assez… assez lâche, on nous a laissés faire, on est conformes à l’original. franzo pizarro. — Est-ce que à force de doubler un personnage de série, quand la série dure plus ou moins longtemps, on finit par s’attacher au personnage qu’on double, même si on lui ressemble pas du tout ? Est-ce que le personnage finit par avoir des influences sur vous au quotidien ? Et dans le cas de Sawyer, est-ce qu’il vous influence ? arnaud arbessier. — Des influences, non… Ça peut nous aider parfois à découvrir une palette de notre talent, parce que évidemment, ils font des choses qui… Une des difficultés du doublage c’est de se soumettre au jeu d’un autre acteur : lui, il fait un dessin, il a travaillé, il fait un dessin, et nous modestement, ce qu’on va faire c’est suivre ce dessin, et de restituer ça le plus vite possible et le mieux possible dans notre langue. Donc il faut suivre ce dessin, être assez souple pour le comprendre et pour le restituer… Heu, et quelle était la question ? franzo pizarro. — La question en fait, c’était : à force de doubler un personnage de série, quand la série dure plus ou moins longtemps, est-ce qu’on finit par s’attacher au personnage ? Par exemple, vous avez doublé Sawyer six années, ça a pas été… Vous vous êtes sûrement attaché au personnage, même pour [?] par exemple. arnaud arbessier. — Oui, c’est vrai qu’on s’y attache, même parfois un peu même on a un petit sentiment de propriété qui est vraiment ridicule, parce que parfois les chaînes nous enlèvent le personnage pour des raisons… diverses et variées, mais c’est vrai que on les aime bien : moi par exemple Sawyer, si ils font une autre série et que c’est pas moi qui le fait, je vais être vexé ! Et heu c’est ridicule, quelqu’un d’autre peut le faire très bien aussi, mais je vais être un peu vexé quand même. Oui, même parfois, c’est étonnant… Ça c’est vraiment un truc, c’est un truc « psy’ », alors je sais pas si ça le fait à d’autres comédiens, mais je dois vous avouer que des fois, quand j’ai doublé un mec, bah parfois je trouve qu’il me ressemble, c’est un truc de dingue ! Un truc de malade ! Bon c’est comme ça, bon après ça s'en va mais oui il y a un petit quelque chose, m’enfin… moi je vais pas m’identifier à ces gens-là, quoi. Mais il y a des acteurs qui le font ! Ils deviennent… Ils disent plus « il », il disent « je » : alors y a encore plus malade que moi ! franzo pizarro. — Nous avons une question de Thomas Suinot — qui est là-bas, donc — il demande si vous avez déjà rencontré Josh Holloway. Je rajouterais même par curiosité, d'autres acteurs que vous doublez ? arnaud arbessier. — Non, j’ai jamais rencontré Josh Holloway… le seul — ah, il va vous plaire, lui — le seul que j’ai rencontré, il m’avait choisi lui pour son film, qui est un film pas du tout commercial mais très intéressant, ça s’appelle The Brave [NdT : sorti en 1997], c’est Johnny Depp ! Je l’avais vu une ou deux fois, mais là j’avais doublé, choisi par lui, donc j’étais content ! Puis il est passé à Paris et voilà on s’est croisés. franzo pizarro. — Merci. Vous avez doublé Cole dans Charmed pendant cinq saisons et quelques retours, et c’est assez drôle parce que vous donniez la réplique à Piper Halliwell et à sa comédienne qui la doublait, Dominique Vallée, qui a fini par doubler Juliet dans LOST. Vous vous êtes donc donnés la réplique pendant un bon moment. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus, ou nous donner d'autres anecdotes comme celle-ci ? Êtes-vous souvent amenés à recroiser d’autres comédiens doubleurs ? arnaud arbessier. — Oui, oui oui, très très passionnant. Alors Dominique Vallée par exemple c'est une femme charmante, mais vraiment vraiment charmante, donc c’est un grand plaisir d’enregistrer avec elle et toujours. Bah, oui, parfois on forme un couple dans une série, puis après le père et la fille dans une autre… Y a une chose qui est particulière dans le doublage— franzo pizarro. — Je précise que dans Charmed, c’était Phoebe Halliwell la petite amie de Cole, Piper c’était rien pour Cole et… là tout d’un coup elle se retrouve à être votre petite amie dans LOST, c’est vrai que ça fait bizarre, même pour les fans qui regardent les séries : on se dit « Oh là là mais qu’est-ce qui se passe ? » arnaud arbessier. — Mais… Oui, on se retrouve souvent… Oui, ce que j’allais dire c’est que la particularité du doublage, par rapport à toutes les autres formes de jeu, sauf la radio, bien sûr, c’est qu’on ne joue pas avec les yeux. Dans le rapport entre les comédiens, vous savez, souvent on critique les comédiens ou on se fout d’eux parce que… ils… on a l’impression qu’ils s’adorent, mais ils se voient jamais… C’est vrai qu’on s’adore, parce que vous jouez… vous faites travailler une demi-journée avec quelqu’un en jouant la comédie, les yeux dans les yeux, il y y a quelque chose de très fort qui passe. On se connaît vite et on s’aime vite, et on… franzo pizarro. — Justement, pour ça : quand vous doublez des personnages, vous êtes avec les mêmes acteurs, enfin les mêmes comédiens doubleurs, vous êtes ensemble quand vous doublez par exemple une scène entre Juliet et Sawyer ? Vous êtes tous les deux ensemble en train de doubler quand vous vous donnez la réplique ? arnaud arbessier. — On est ensemble heu… à 80 %, mais… selon nos plans de travail et l’urgence du travail à effectuer, souvent on n’est pas ensemble. Et on peut très bien faire un travail très… franzo pizarro. — Quand vous faites un dialogue, avec deux personnes, vous savez pas forcément ensemble [?] ? arnaud arbessier. — Non. Et même parfois si [?] par contre on [?] on n’a même pas la réplique. Mais… ça n’est pas un grand problème, on peut bien travailler comme ça, bien sûr mais ça dépend du type de film : si on joue un film très intimiste, très… comment dire, qui fait vraiment dans la subtilité, alors là c’est important vraiment d’avoir la réplique des personnes qu'on a en face nous, ça s’appelle des « tracks », des pistes, mais sinon dans le travail commun pour la télévision ou téléfilms, on fait souvent des tracks et… vous pouvez pas vous en apercevoir… impossible. franzo pizarro. — Merci. Alors, de tous les personnages de LOST, les fans sont unanimes pour dire que l’un des personnages qui a le plus évolué, et bien, à travers les six saisons, c'est Sawyer. Avez-vous ressenti cette transformation de son personnage, que pouvez-vous nous dire sur son évolution, est-ce que personnellement elle vous a plu, et quelle facette du personnage vous avez préféré doubler ? Sawyer qui est mauvais comme dans la saison 1 ou celui qui, au contact de Juliet, est devenu… plus cool ? arnaud arbessier. — Oui, le personnage a pas mal évolué, parce que Josh Holloway c’est un… C’est pas vraiment un comédien, c’est un… un mannequin, à la base, et heu… Moi je le trouve plutôt bien… Il est parfois difficile à suivre parce qu’il fait des trucs un peu bizarres, mais heu… Je trouve que au tout début tout au long de la série il a… il a étoffé son jeu, il a pris plus de présence… Est-ce qu’il y a plus ou moins plaisir ? Y a pas plus de plaisir quand [?] mauvais garçon c’est très agréable, quand il est romantique c’est très agréable aussi, quand il est en relation c’est [?] beaucoup ce que je préfère c’est [?] on a essayé de mettre un petit [?] parigot mais pas trop, on peut pas évidemment, mais y a une [?] comme ça, une façon de s’adresser aux autres, qui est très agréable, ça c’est sûr. franzo pizarro. — Alors, avant-dernière question : quelle est votre prochaine actualité en tant que comédien et doubleur, allez-vous doubler de nouveaux personnages de nouvelles séries, de films, … en plus de ceux que vous faites déjà depuis plusieurs années ? Alors tout à l’heure vous m’avez dit en coulisses que vous avez commencé à doubler dans V, bah… je vous laisse nous expliquer tous… tous vos futurs projets. arnaud arbessier. — Alors, donc là, je… On a attaqué une nouvelle série qui s’appelle V, qui est une vieille série qu’ils ont remis… au goût du jour, et c’est pas mal… Je pense que vous aimerez. C’est un acteur qui fait [?] personnage principal [?] donc on me l’a donné [?] et puis qu’est-ce qu’il y a ? Une autre série qui s’appelle Cougar Town, qui je crois passe sur le… déjà… franzo pizarro. — Avec Courtney Cox… arnaud arbessier. — Courtney Cox, où là c’est un personnage où je… complètement délirant, c’est tout autre chose, donc c’est marrant, heu… Et puis Desperate Housewives qui continue, Nip/Tuck [?] Et puis d’autres choses et puis y a le théâtre, … franzo pizarro. — Alors on a une dernière question : si vous deviez faire un choix personnel, et attention, la question est lourde de conséquence... Vous choisiriez Kate ou Juliet ? franzo pizarro. — Y a des fans de Juliet et des fans de Kate, ici… Kate ? Y a des fans de Kate, ici ? franzo pizarro. — Et Juliet ? franzo pizarro. — Personnellement, vous choisiriez qui ? arnaud arbessier. — Déjà… le problème c’est que… Kate elle est [?] au début de la série on l’avait rencontrée avec… franzo pizarro. — Elle tournait autour de Jack… arnaud arbessier. — Non mais elle vit avec un des types de la série. franzo pizarro. — Oui, avec Dominic Mohagan. arnaud arbessier. — Voilà, c’est ça. Donc… Juliet, je sais pas. Les deux sont pas pareilles… Plutôt avec Juliet, oui. franzo pizarro. — Juliet, donc. franzo pizarro. — Merci beaucoup pour être venu. arnaud arbessier. — Merci à vous. franzo pizarro. — [?] nicolas dando. — (à Franzo Pizarro) et pour Mission Impossible: 4 ? franzo pizarro. — Allez-vous doubler Josh Holloway dans Mission Impossible: 4 ? arnaud arbessier. — Mystères et boules de gomme. J’en sais rien du tout… On peut pas savoir : ça c’est les… c’est la major, parce que c’est un 35, c’est la major qui va décider si on garde la voix de télé, ou si — étant donné que c’est un film de grand prestige —, une autre voix bien plus prestigieuse. C’est des fois comme ça que ça se passe. Donc je peux pas vous dire, j’étais même pas au courant !
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